Idées reçues et remarques courantes généralité

On entend de nombreuses choses tentant d'expliquer l'échec d'un élève, d'un apprenant, dans l'apprentissage d'un savoir ou d'une technique. Je vous livre quelques-unes des idées reçues et des remarques que l'on trouve sur les bulletins scolaires ou les copies ou des sentiments d'élèves, dans le seul but de nous remettre en question mais pas pour culpabiliser. L'objectif est de sensibiliser sur les fonctions cognitives nécessaires aux apprentissages (ce qui fera l'objet d'un article prochainement).

"Il faut apprendre son cours", "cours non appris"

Qui n'a pas eu un jour cette remarque désagréable sur sa copie. L'enseignant qui écrit cela, qu'en sait-il si l'élève a ou non appris son cours ? Voici une anecdote vécue dans une MFR de la Manche :
Les formateurs et formatrices ont des permanences le soir après les cours. Ils sont disponibles pour les élèves et les aides dans leurs devoirs. Une des formatrices a aidé un élève à préparer son contrôle de français toute la soirée et réussissait. L'élève étant de nature timide et stressé a raté son contrôle avec au final une mauvaise note. L'enseignant savait que l'élève avait travaillé son cours, si un autre avait dû corriger l'épreuve, il y a fort à parier qu'il aurait écrit cette phrase inappropriée et révoltante aux yeux de l'élève : "Cours non appris" ou "Il faut travailler!".
Qu'en pensez-vous ?
Si les apprenants ont des mauvaises notes, est-ce forcément par un manque de sérieux et de travail ?

"Il faut attendre le déclic"

Certains enseignants, persuadés d'enseigner de la meilleure manière qui soit, présentent cet argument pour expliquer pourquoi un élève ne réussit pas ces devoirs. Et si le déclic ne vient pas, alors "c'est que l'élève n'a pas l'intelligence nécessaire pour comprendre".
En réalité, c'est surtout un facteur de découragement pour l'élève, et cela devrait être un signal d'alarme pour changer la manière dont on explique les choses. L'apprentissage ne doit pas être la simple restitution d'un cours, mais contribue à modifier la façon dont l'apprenant voit le monde.

"Il y a les bons élèves et les mauvais élèves"

Cette idée reçue semble expliquer l'échec majeur de l'éducation en FRANCE. Il y aurait ceux dont le cerveau comprendra les choses compliquées et ceux qu'il faut orienter vers un métier technique. Dès le primaire, on part du principe que tous les enfants apprennent en même temps et au même rythme. On opte pour un enseignement unique, global et commun pour une question d'équité et d'égalité.
En réalité, chacun apprend à son rythme, quelqu'un peut mettre 3 ans pour acquérir certaines compétences, alors qu'un autre mettra deux ans. Mais à terme, les deux auront les mêmes connaissances. Il faut bien être conscient de cela : deux cerveaux de personnes du même âge peuvent avoir un décalage de 3 ans, car on apprend à son rythme.
Autre fait, révélé par une étude, est que l'enseignant aura les élèves qu'il s'attend à avoir. Il suffit qu'on lui dise qu'il a de mauvais élèves et automatiquement, sans s'en rendre compte, il sous-notera les devoirs. L'étude dont je fais référence consistait en un groupe d'élèves. A une partie des enseignants on a dit que ces élèves étaient surdoués et à l'autre partie des enseignants que ces élèves étaient 'normaux'. Les premiers enseignants surévaluaient les notes alors que les autres les sous-évaluaient. On parle de l'effet Pigmalion.

Ne faudrait-il pas tenir compte des individus dans l'enseignement au lieu d'un groupe?
Si des élèves ont des difficultés, a-t-on tenté d'autres approches dans nos explications?

"Le gène de l'intelligence trace notre chemin"

C'est une autre manière de reprendre l'argument cité juste au-dessus. A savoir qu'un gène permettra ou non de faire de hautes études, ou d'atteindre des postes importants.

Paradoxalement, de nombreuses personnes illettrées (difficultés dans la lecture/écriture et les mathématiques de base) occupent des postes à responsabilité et réussissent très bien leur profession. Leur manque de connaissance ne les empêche pas d'être intelligent dans leur métier, même si cela les pénalisent et qu'ils usent de stratégies pour que cela ne se voit pas.
De nombreux chefs d'entreprises (Edouard Leclerc, Jean Le Roch, Steve Jobs, Bill Gates, Martin Bouygue...) n'ont pas fait d'étude de haut-commerce, pas de Master, pas de grand diplome, mais qui dira qu'ils ne sont pas intelligents?

"L'intelligence est fixée dès la naissance"

Cette idée s'appelle le déterminisme, c'est croire que le cerveau ne peut pas se modifier. Or, les récentes découvertes en neuroscience et en psychologie cognitive prouvent exactement le contraire. Et ce, pour une raison simple, le cerveau ne sait faire qu'une seule chose : apprendre, François Jacob (1920), biologiste français et prix Nobel de physiologie et de médecine en 1965, écrivait : "Nous sommes programmés, certes, mais pour apprendre...". Il n'y a donc pas de limite, plus on avance en âge, plus on dit qu'on a de l'expérience. En fait on a appris de nombreuses choses qui nous rendent plus efficaces et plus efficientes.

A la naissance, seuls 10% des connexions (synapses) du cerveau sont disponibles. Puis au fil de notre vie, de notre expérience, de nos réussites et nos échecs, nos bonheurs et nos douleurs, de nouvelles connexions se créent, augmentant du même coup notre savoir et notre intelligence.

"Mes élèves ne veulent rien apprendre !"

Pour expliquer les résultats médiocres des contrôles on argue aussi cette phrase. Cependant, lorsqu'on en parle aux élèves, aucun d'entre d'eux ne veut avoir de mauvaises notes, aucun ne veut être un mauvais élève.

Lorsque que les élèves sont stressés par leurs enseignants, découragés par les remarques négatives et leurs mauvaises notes, ils risquent d'éprouver un rejet total de l'apprentissage et de l'école.

"QI 110, QI 130"

Les tests de QI ne révèlent absolument pas si on est intelligent ou pas. Il révèle juste des aptitudes verbo-linguistiques et logico-mathématiques. Toutefois, les travaux d'Howard Gardner déterminent huit sortes d'intelligence différentes (Les intelligences multiples - Campbell Bruce). Dès lors, on parle d'intelligences multiples. Un des fait les plus marquants vient de certains autistes qui sont capables de "reproduire exactement un concerto pour piano après une seule écoute" (wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Gardner). Voir aussi le film Rain Man. Ces choses ne sont-elles pas d'une grande intelligence ?

Nous détaillerons les intelligences multiples dans un prochain article, sans pour autant en faire une religion.

"J'ai la pire classe de l'année"

C'est aussi une remarque que bon nombre d'enseignants n'ont pas peur de dire, et lors des conseils de classe de certains établissements les propos négatifs à l'égard des enfants sont monnaie courante. D'après vous, les apprenants ressentent-ils ce que vous pensez réellement d'eux ? Oui, car, inconsciemment votre attitude va dans ce sens. Si on encourage l'élève, la situation de l'apprenant sera-t-elle meilleure ? Oui, car il aura une raison de continuer ses efforts, "mon prof crois en moi!".

Avez-vous des élèves absents à la plupart de vos contrôles ? Alors probablement que la peur, la certitude, d'avoir "encore une sale note" en est la cause première.

"L'accumulation des échecs scolaires, des reproches, des annotations assassines et des réussites avortées, produisent une lente anesthésie de toute confiance en soi et de toute motivation scolaire" - Pascale Toscani - Apprendre avec les neurosciences.

"Mon prof m'a envoyé au tableau et je n'ai pas su répondre. Il m'a fait pleurer !"

Cela vous est-il arrivé de faire pleurer un élève au tableau? Ce n'était pas volontaire, c'est une évidence. On pense, à tort, que la situation de stress qu'on peut infliger à un élève va le pousser à se surpasser et à réussir un exercice ou un contrôle. Cette idée est fausse pour une raison simple : chez l'enfant et chez l'adolescent, le stress a des effets inhibiteurs car il se transforme en stress absolu. Qu'est-ce que le stress absolu ? c'est ce que ressent un adulte lorsque son cerveau devient inapte à la réflexion et qui vous ordonne de prendre la fuite pour sauver votre vie. Le stress que les adultes "subissent" en général et dans la vie, c'est un stress relatif. Votre cerveau continue de réfléchir et vous permet de vivre cette période stressante et trouver une solution. Le stress n'a pas sa place dans une salle de cours, particulièrement chez les plus jeunes, car il finira par devenir chronique.

"Je suis dyslexique et mes profs s'en fichent !"

Être dyslexique est un cauchemar pour les apprenants. Les efforts qu'ils fournissent pour produire un texte et un exercice sont considérables, littéralement exténuant. En tant qu'enseignant, il est très difficile de s'occuper de ces enfants (ou adultes).

Lors des rattrapages oraux de notre BAC national, les enseignants (qui sont chargés d'écrire eux mêmes leurs sujets) reçoivent des consignes pour le cas où ils auraient des élèves dyslexiques (conseils de présentation des documents...). Paradoxalement, ces consignes ne sont jamais données ou suivies pour les épreuves principales du BAC (et qu'en est-il dans les universités ou les BTS ?).

Il est pourtant possible de faciliter notre enseignement pour les personnes dyslexiques.

"Je suis incapable de me concentrer et de rester assis !"

On appelle cela "trouble de l'attention" ou hyperactivité. En tant qu'enseignant et formateur, il est difficile de canaliser l'énergie d'un tel élève. Et pourtant, en changeant, en adaptant, notre enseignement à l'enfant, à SA situation, il est possible de "modifier son comportement". Si on n'arrive pas à se concentrer, il est difficile d'apprendre.

Notez d'ailleurs que le cerveau est beaucoup plus productif quand on travaille en binôme ou en groupe que lorsqu'on écoute un enseignant parler pendant 90min.

"Mes élèves n'ont pas le niveau requis"

Ce constat malheureux et réel ne s'arrange pas dans le temps. Lorsqu'on apprend de nouvelles choses, elles se "fixent", se consolident sur ce qui est déjà su (les acquis). Dès lors, apprendre des nouvelles choses, alors que le fondement n'y est pas, est une perte de temps, une source de découragement pour l'élève et pour l'enseignant.

"Tu n'apprends rien à l'école !"

Cette fois, ces remarques viennent souvent de la famille. Nous parlions plus haut "d'expérience". Nous disions que notre cerveau apprend, apprend et apprend encore. Cela signifie qu'en dehors du cadre scolaire l'enfant apprend encore. Il y a donc d'autres facteurs qui favorisent la réussite scolaire ou l'échec : le contexte familial, l'estime que l'enfant a de soi, l'estime que les autres ont envers l'enfant - la confiance qu'on lui accorde, ses propres caractéristiques psychologiques et cognitives. Personne n'apprend à la même vitesse mais tout le monde peut apprendre! C'est une expression qu'il faut donc oublier.

Pour étayer cette idée, j'évoquerai simplement un cas que j'ai récemment rencontré, celui d'un jeune trisomique qui sait lire. Ses parents lui ont appris à lire dès la naissance et aujourd'hui il est capable de lire de longs textes. Tout le monde peut apprendre, pour le peu qu'on l'y aide vraiment.

"Mes cours sont les mêmes depuis des années !"

"... Je les modifie uniquement si le programme change". C'est vrai qu'au fil des gouvernements, les programmes scolaires changent sans arrêt et les enseignants ont souvent des horaires où il est difficile de se réserver du temps pour modifier sa pédagogie dans le fond et dans la forme. Et quand bien même ils le voudraient, ils se découragent vite s'ils n'ont pas le soutien et la collaboration de leurs collègues et du chef d'établissement...

Et pourtant cela devient une nécessité urgente, ne serait-ce que pour éprouver du plaisir à voir les enfants apprendre, comprendre, retenir et utiliser le savoir qu'on leur communique. Ré-apprenons le plaisir de voir les enfants progresser et nous serons meilleurs enseignants et formateurs.

Bibliographie

Apprendre avec les neurosciences - Pascale Toscani page 26- édition Chronique Social


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